Beyond Mapping: Turning Europe’s CO₂ Storage Knowledge into Climate Action
L’ambition de l’Europe d’atteindre la neutralité climatique repose non seulement sur la réduction des émissions, mais aussi sur la gestion du dioxyde de carbone inévitable. Cela signifie qu’il est essentiel de développer un portefeuille crédible de projets de stockage de CO₂ .
Le stockage géologique du CO₂ est un élément essentiel de la stratégie de décarbonation de l’Europe. D’un point de vue géoscientifique et technique, la recherche et l’expérience opérationnelle démontrent que le CO₂ peut être injecté et stocké en toute sécurité dans des formations géologiques sur de très longues périodes. La question scientifique fondamentale – le CO₂ peut-il être stocké en toute sécurité sous terre ? – a trouvé une réponse convaincante.
La sécurité à long terme du stockage du CO2 est assurée par des processus de gestion, de surveillance, de rapport et de vérification conformes à la directive européenne sur le stockage du CO2 ; notamment par une caractérisation approfondie du site ; une évaluation et une gestion des risques ; et des normes d’intégrité des puits.
Le défi auquel l’Europe est aujourd’hui confrontée est d’une autre nature. Alors que le déploiement à grande échelle doit s’accélérer pour atteindre les objectifs industriels et climatiques, le principal obstacle réside dans la disponibilité de données géoscientifiques fiables et comparables, indispensables aux décisions des responsables politiques, des organismes de réglementation et des investisseurs. Passer du stockage de CO₂ de projets individuels à un système paneuropéen exige une compréhension partagée des opportunités géologiques existantes pour un stockage sûr, de leur niveau de maturité et des modalités de développement responsable et efficace des projets.
Dans ce contexte, l’Atlas paneuropéen du stockage du CO₂, élaboré par EuroGeoSurveys dans le cadre du projet Service géologique pour l’Europe (GSEU) et accessible via l’Infrastructure européenne de données géologiques (EGDI), constitue une avancée majeure. Il offre une vue d’ensemble standardisée et harmonisée des ressources potentielles de stockage à travers l’Europe. Les infrastructures de stockage souterrain de CO₂ peuvent ainsi être visualisées dans un cadre européen cohérent, intégrant les données les plus récentes issues des évaluations nationales et s’appuyant sur les travaux antérieurs de l’atlas (par exemple, CO₂ Stop ). Outre le potentiel de stockage souterrain de CO₂ , l’EGDI apporte la valeur ajoutée d’une vue d’ensemble harmonisée des multiples usages, notamment le potentiel de stockage d’hydrogène, ainsi que des ressources telles que les eaux souterraines et les minéraux critiques. Elle contribue ainsi à l’élaboration de stratégies globales d’utilisation du sous-sol pour atteindre les objectifs de développement durable de l’Europe.
L’Atlas du stockage actuel n’est pas un point final. Sa véritable valeur réside dans son évolution grâce à l’ajout efficace de nouvelles données pour réduire les risques liés aux perspectives de stockage et de fonctionnalités pour faciliter les décisions des investisseurs.
Pour soutenir la stratégie européenne de gestion du carbone industriel, l’Atlas du stockage du CO₂ doit devenir une infrastructure vivante et l’un des piliers du futur Service géologique permanent pour l’Europe, capable de traduire les connaissances géologiques en informations opérationnelles et pertinentes pour les politiques.
L’un des axes de valorisation réside dans l’alignement de l’Atlas du stockage sur les nouvelles exigences de transparence des données prévues par la loi sur l’industrie zéro émission nette (NZIA). La NZIA instaure un nouveau cadre politique où la planification industrielle, les autorisations et les décisions d’investissement dépendent de plus en plus d’une visibilité claire des capacités, des échéanciers et des contraintes des infrastructures. Les ressources de stockage recensées dans l’Atlas devront être intégrées aux futures publications de données et aux processus réglementaires prévus par la NZIA. Les produits d’information statiques ne conviennent pas à cet effet. Il est nécessaire de disposer d’une plateforme de données flexible, facilement actualisable et intégrable aux flux de travail industriels et politiques. L’Atlas du stockage et l’EGDI serviront de passerelle, reliant les connaissances sur le sous-sol au cadre de gouvernance européen émergent pour la gestion du carbone.
Une seconde orientation, tout aussi importante, concerne l’extension de l’Atlas, au-delà de la simple cartographie des capacités, vers un outil d’aide à la décision pour l’investissement. La capacité de stockage géologique, bien qu’essentielle, ne se traduit pas automatiquement en projets de stockage viables. Les investisseurs et les décideurs politiques doivent évaluer un ensemble plus large de paramètres : les incertitudes persistantes, les opportunités financières, les options d’atténuation des risques, la préparation réglementaire et la trajectoire probable de l’exploration à l’exploitation. Sans ces informations supplémentaires, d’importants volumes de capacité théorique restent déconnectés de tout déploiement concret. L’Atlas fournit des indications sur la maturité technique des opportunités de stockage grâce à un système établi de niveaux de maturité du stockage (Akhurst et al., 2021), permettant de comprendre les conditions nécessaires pour passer de l’opportunité à l’exploitation. Le rythme et l’ampleur requis pour le déploiement du stockage de CO₂ exigent des outils permettant de distinguer le potentiel à long terme des opportunités à court terme, afin de prioriser efficacement les ressources.
L’alignement réglementaire et l’évaluation de la viabilité des investissements partagent une exigence commune : la gouvernance à long terme de l’information. Le stockage du CO₂ est, par nature, une entreprise qui s’étend sur plusieurs décennies.
Les sites de stockage sont caractérisés sur plusieurs années, aménagés progressivement, exploités pendant des décennies et surveillés bien après leur fermeture. Chaque projet apporte de nouveaux enseignements. Sans responsabilité en matière de conservation et de gestion des données géoscientifiques du sous-sol, même les outils les plus sophistiqués deviendront obsolètes.
C’est pourquoi une perspective institutionnelle à long terme est indispensable. Un Service géologique pour l’Europe (SGE) a été proposé afin de garantir la continuité, la transparence et la confiance dans la gestion des connaissances géologiques européennes. En fournissant un cadre stable pour la conservation, l’harmonisation et l’accès aux données, un tel service public permettrait à des produits comme l’Atlas de stockage de rester à jour et de faire autorité. Il ancrerait également les informations sur le sous-sol dans un mandat de service public, garantissant ainsi que les décisions stratégiques s’appuient sur des données probantes solides et librement accessibles.
L’Europe possède déjà l’expertise géoscientifique et le potentiel géologique nécessaires au stockage du CO₂ à grande échelle. La prochaine étape consiste à transformer ces connaissances en éléments essentiels pour une prise de décision durable. Aller au-delà de la simple cartographie n’est donc pas un perfectionnement technique, mais une nécessité stratégique. Si l’Europe réussit sa transition vers un avenir neutre en carbone, l’Atlas du stockage ne se contentera pas de documenter le sous-sol ; il contribuera activement à façonner la voie de l’Europe vers la neutralité climatique.
